Soudain une silhouette se dessine au pied de la maison, pourtant elle ne perturbe en rien ce moment magique, au contraire elle s'y intègre parfaitement. Elle est bientôt rejointe par une autre, plus petite, moins trapue. Ce sont mon père et mon petit frère qui partent rejoindre mon frère aîné dans les pâturages. Ils s'engagent sur le chemin, silhouettes gracieuses et sombres se fondant dans le paysage. « Au revoir, bonne journée » leur lançais-je mentalement. Ce soir mes deux frères emprunteront le chemin inverse et rentreront à la maison, soulageant ainsi l'inquiétude de ma mère. Je l'entends d'ailleurs s'afférer dans la cuisine, bientôt elle ira panser les bêtes : poules et vaches auront droit à leur dose d'amour.
D'habitude je l'accompagne dans cette besogne, lui prêtant main forte tout au long de la journée. Mais, depuis une semaine je suis clouée au lit, aujourd'hui cependant je me sens mieux, je vais sûrement aller la rejoindre.
Soudain la lumière se fait plus vive, comme si, en l'espace d'un seconde, le soleil était monté à son zénith. Je me sens attirée par ce doux rayonnement. Je me sens plus légère. En un dernier souffle je m'évanouis dans cette grande lumière. Dans un dernier souffle je quitte ma douce vallée, dans un dernier souffle je quitte cette terre que j'ai tant aimée.


